Les enjeux de la campagne d’influence sur la grippe H1N1 : un cas d’indécidabilité ?

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On ignore encore ce qui va advenir. Mais, ce qu’on sait déjà, c’est que le nom de la grippe H1N1 restera attaché à une campagne d’influence planétaire comme on en a rarement vu ces dernières années. Jamais, semble-t-il, on n’aura suivi la progression d’une grippe aussi attentivement, avant même que son nom ne soit définitivement arrêté : elle a été tour à tour appelée « grippe mexicaine », du nom du pays où elle est apparue, puis « grippe porcine », du nom de l’animal qui en aurait été le vecteur, puis « grippe A » et enfin « grippe H1N1 ».

1- Le procédé de la répétition

Ce qui frappe, c’est l’ampleur des moyens mis en œuvre, tant internationaux avec l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), que nationaux pour tenir en haleine et en alerte depuis plusieurs mois une opinion publique d’abord distraite, voire indifférente.
 On a été très tôt mis au courant de la mise en fabrication de centaines de millions de doses de vaccins en prévision de l’expansion probable de l’épidémie à l’approche de l’hiver en Europe, après l’hiver austral d’Amérique du Sud. Des débats sur l’innocuité du vaccin ou sa dangerosité selon les patients, avec ou sans adjuvant, ont maintenu sur le devant de la scène cette épidémie qu’on a vu avancer pas à pas. Puis il a été question du port de masque par prévention. On en croise dans le métro parisien.
Si plan médias il y a eu, on est frappé par la docilité des médias traditionnels à relayer les directives gouvernementales comme les menus faits relatifs à l’épidémie. Y a-t-il eu un seul jour depuis plusieurs mois où le sujet de la grippe H1Ni n’ait pas été traité dans les journaux radiophoniques ou télévisés du midi ou du soir ? Après la querelle sur les vaccins, est venu le décompte minutieux des victimes, d’abord des malades, dans les autres pays et en France, puis des cas mortels, avec parfois des erreurs dans l’imputation de la cause du décès. Les fermetures d’établissements scolaires ont été l’une après l’autre égrenées. Sous diverses formes, la grippe H1N1 est ainsi souvent restée présente à « la une » des journaux.
 
Puis ont été évoqués les consignes de vaccination, la réticence des professions de santé dans un premier temps, les appels incessants à ne pas prendre cette grippe à la légère. Tous les médias ont été mobilisés. Des messages publicitaires ont conseillé de mettre son coude devant sa bouche quand on tousse ou un mouchoir de papier et de jeter le mouchoir après usage. Il n’a pas été dit ce qu’on devait faire du coude. On a même vu des appels s’inscrire sur les panneaux lumineux de la signalisation autoroutière. Une première, sauf erreur ! (voir photo ci-contre) 
Le procédé employé, on le voit, est celui de la répétition inlassable sous toutes ses formes et ses diverses déclinaisons ou redondances. Pas d’enseignement ni d’inculcation sans une répétition incessante, dans l’apprentissage intellectuel ou physique comme dans une campagne d’influence. 
 
2- L’argument d’autorité
 
Pour vaincre les résistances qui cependant ne désarmaient pas, l’argument d’autorité a été asséné. Les sommités médicales sont venues inciter le peuple à la vaccination, depuis l’OMS jusqu’aux mandarins de la médecine. La ministre de la santé a même payé de sa personne : dans une mise en scène soignée, elle a offert son bras en public à la piqûre. On n’attend plus qu’une cérémonie à l’Élysée où l’on verrait le président de la République et tout le gouvernement en faire autant sous les yeux des journalistes accrédités préalablement ameutés.
 
3- La stimulation intensive du réflexe de la peur
 
Le troisième procédé employé est bien entendu la stimulation du réflexe de la peur, « ce grand moteur des actions humaines », selon Clémenceau. Il faut s’être bouché les oreilles et les yeux pour ne pas savoir que cette grippe peut être mortelle selon les patients. Le précédent de la grippe espagnole, en 1918, avec sa trentaine de millions de morts a été souvent agité par les hautes autorités médicales et politiques. Il est même désormais question d’une mutation du virus H1N1 dans trois cas, pouvant ouvrir sur une incertitude accrue. 
 
Comment, dès lors, ne pas céder à la peur, même si, dans un premier temps, on s’est montré réfractaire ou qu’on était seulement dans l’expectative ? Le doute a fini par s’insinuer et la peur a été inoculée avant même les germes inactivés du vaccin.
 
4- La pression du groupe
 
Les centres de vaccination seraient pris d’assaut, les files et les temps d’attente s’allongeraient ; on a fait appel aux médecins militaires, au bénévolat des étudiants en médecine pour renforcer le personnel soignant. Les généralistes libéraux demandent de pouvoir vacciner dans leur cabinet. Le but poursuivi semble être atteint. On insiste désormais sur le nombre de vaccinés : déjà un million de personnes ! trompette-t-on dans les médias. On reconnaît le leurre de la pression du groupe. On sait, en effet, depuis les expériences de Solomon Asch, que nul ne sort indemne d’une confrontation avec le groupe : ou l’individu adopte le point de vue du groupe, fût-il absurde, ou il reste rongé par un doute délétère sur la légitimité de sa propre opinion.
 
Un cas d’indécidabilité ?
 
La paradoxe est que l’on a beau disposer des moyens d’information les plus performants que l’humanité ait jamais connus, on reste dans l’impossibilité de savoir si cette campagne d’influence a été montée de toutes pièces ou au contraire répond à l’application élémentaire du principe de précaution. Certains laissent entendre qu’elle tombe bien, en pleine crise économique et financière : de là à imaginer un plan médias comme leurre de diversion pour détourner les esprits de ce scandale absolu qu’est le fonctionnement de la finance mondialisée, il n’y a qu’un pas. Ils avancent comme argument qu’il existe bien d’autres maladies qui tuent quotidiennement beaucoup plus que la grippe H1N1 mais qui ne font pas l’objet de tant d’attention médiatique et dont les victimes ne sont pas aussi méticuleusement recensées.
 
Mieux, si, par malheur, la grippe H1N1 fait un grand nombre de victimes, les autorités seront à l’abri de tout reproche pour avoir pris les devants et mobilisés la population. Et si, par bonheur, elle en fait peu, les autorités seront encore justifiées en mettant en avant la campagne de vaccination qui a porté ses fruits. On est bien en présence d’un cas où il est impossible de se prononcer sur les enjeux de cette campagne d’influence : les performances technologiques médiatiques qui ouvrent comme jamais des accès aux informations, n’empêchent pas de laisser le citoyen démuni devant un cas d’indécidabilité.
Source AgoraVox Paul Villach
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